Aéropostale en péril !

Rapport de mission n° 80
Date de la mission: Mars 1924
Agents :

A la demande du commissaire principal Fèvre, la BMS intervient au Sahara pour le compte de la compagnie Latécoère. Un de leurs pilotes, tombé avec son avion dans le désert, a été capturé par des Maures. Mais ceux-ci l’ont vendu à une tribu du désert qui en a offert un bon prix. Tout laisse à penser que le malheureux sera sacrifié à une divinité Cthuloïde... L’affaire prend une tournure dramatique quand on découvre que la pile de l’Atlantide (voir dossier n°75), stockée dans le désert de Mauritanie, a été également volée par cette mystérieuse tribu ! Cette dernière, qui vivait dans une sorte de canyon dans le désert, se préparait à faire avaler la pile à une horrible créature informe en honneur de laquelle ils comptaient sacrifier le pilote. Le tout en présence du Dieu Nyarlathotep, qui était venu accompagné de plusieurs créatures volantes ! (Photo) Mettant en œuvre des moyens aériens considérables (Breguet 14 des lignes Latécoère et des forces françaises du Maroc), les agents de la BMS parviennent à détruire toutes ces manifestations d’horreur, à sauver ce pilote et à récupérer la pile. Les survivants n’oublieront pas de sitôt cette aventure mémorable...

Un sauvetage de pilote.

28 mars 1924 : Le téléphone retentit dans les locaux de la BMS. L’agent de permanence répond et a la surprise de trouver en ligne le commissaire principal Fèvre, qui ordonne la constitution d’une équipe pour une mission qui conduira ses membres à enquêter dans le désert.

« En quelques mots, un pilote des lignes aériennes Latécoère a dû atterrir dans le désert du Sahara Espagnol. Il est entre les mains d’une tribu hostile qui semble ni plus ni moins être composée d’adorateurs de créatures du mythe de Cthulhu ! Rejoignez-moi à Toulouse, à l’hôtel du Grand Balcon, avec une équipe prête à l’action. Je vous y exposerai tous les détails de cette affaire dont je viens d’être informé par M. Latécoère ».

Une équipe composée des inspecteurs d’Auclin du Loup, Luzet, Beaumont et Rodier rassemble ses affaires pour ce grand raid et se dirige sur l’aérodrome de Villacoublay où elle décolle vers Toulouse sur deux Breguet de la BMS, un Breguet 14 classique ainsi que le Breguet 17 personnel du commissaire Plavier avec lequel il combattit pendant la grande guerre (c’est un Breguet 14 modifié pour la chasse lourde). Les deux avions suivent la voie de chemin de fer Paris-Bordeaux. Malheureusement, sur Châtellerault ils rencontrent une grosse masse nuageuse. L’appareil piloté par Beaumont sort d’un nuage pour rentrer dans le Breguet 17 piloté par Jeanne Luzet, qui se fait hacher son empennage. Elle réussit à poser son Breguet qui est fort heureusement rapidement réparé par les moyens locaux, la base militaire de Châtellerault ayant des pièces détachées de Breguet 14 en stock... Les deux avions se posent à Bordeaux en fin de soirée, où les agents passent la nuit.

29 mars 1924 : A l’aube ils décollent pour Toulouse en suivant le canal du midi, et se posent à Montaudran vers 9 heures où une voiture de la société Latécoère les conduit à l’hôtel du grand Balcon, au centre de Toulouse. Ils y trouvent le commissaire principal Fèvre, qui saute dans leur voiture pour aller avec eux dans la demeure privée de M. Latécoère à Ramonville Saint-Agne. En route, Fèvre leur explique que M. Latécoère est une de ses relations et qu’il a découvert la situation délicate dans laquelle s’est mis son pilote, nommé Julien Dujols.

« Son avion est tombé en panne lors d’un survol du Sahara Espagnol. Il s’est posé sur la plage et a été capturé par des Maures. L’affaire est classique et se termine généralement par la libération du pilote moyennant rançon payée en Pesetas. Mais là, une tribu venue du désert, les Gazar Gebel, à racheté le prisonnier aux Maures et est partie à l’intérieur du désert... Il semble que cette tribu, qualifiée de païenne par les indigènes musulmans, soit composée d’adorateurs du mythe de Cthulhu si on en croit une note rédigée par le bureau des affaires coloniales du 2e bureau. Il faut donc agir d’urgence et vous irez me récupérer ce pilote ! A tous les coups il est destiné à être sacrifié à je ne sais quelle créature lors de la prochaine lune... Vous allez sur place et vous me le récupérez vite fait ! »

Ils sont reçus par le célèbre industriel dans son bureau donnant sur l’immense parc de sa demeure privée. Après que Fèvre lui ait présenté ses agents, Latécoère expose les faits sur une carte du Sahara espagnol, le Rio de Oro. En fait, la carte représente surtout une côte... Car tout l’intérieur des terres est pratiquement vide, c’est le désert et il est à ce jour en grande partie inexploré. Le pilote Julien Dujols a posé son avion sur le rivage le 24 mars, puis s’est fait capturé par les Maures. Didier Daurat, l’homme de confiance de M. Latécoère, a immédiatement entrepris les recherches et est allé en avion au village de Bir Enzaran le 27 mars négocier son rachat. C’est là qu’il a appris que Dujols a été vendu à la tribu des « Gazzar Gebel » qui l’a payé en or ! Il a immédiatement rendu compte par TSF et poursuit les recherches actuellement. M. Latécoère rédige à l’attention de Daurat une lettre d’instructions qu’il confie aux agents, et indique que toutes les infrastructures de sa compagnie sont à leur disposition pour ces recherches. Les Breguet 14 des agents sont d’ailleurs préparés par les mécaniciens de Montaudran pour un long vol qui les conduira au Maroc. Les agents ont le temps de goûter à une confortable nuit de repos à Toulouse.

Coup de théatre

30 mars 1924 : Les deux Breguet de la BMS décollent de Montaudran à 9 heures pour un long vol vers le Maroc. Ils suivent le canal du midi vers l’est, puis à Carcassonne se dirigent vers Perpignan et de là suivent la côte espagnole où ils font escale à Alicante, juste le temps de se ravitailler en carburant. Puis ils repartent vers le sud et se posent à Rabat (Maroc) vers 19 heures. Là, un télégramme signé du commissaire principal Conti les attend : coup de théâtre, la pile Atlante qui était stockée dans le désert de Mauritanie a été dérobée par des indigènes ! Les ordres sont changés, désormais il faut se consacrer à la récupération de cet artéfact unique. Cependant, les agents ont l’intime conviction que les deux affaires sont liées et que la tribu des Gazar Gebel pourrait avoir fait le coup. Aussi ils décident de mener comme prévu leur enquête au Rio de Oro sur les lieux de la disparition du pilote avant de poursuivre en Mauritanie à la recherche de la « pile ». Les agents passent la nuit à Rabat où ils sont logés au cercle de garnison local.

31 mars 1924 : Les deux Breguet de la BMS décollent de Rabat à 7h et longent le rivage marocain. Ils arrivent à Cap-Juby vers 13 heures, qui n’est en fait qu’un fort espagnol construit sur une plage et entouré de tentes de bédouins. Un peu en retrait, on trouve un « aérodrome » improvisé aménagé par la compagnie Latécoère, constitué de deux hangars et d’une cabane plantés dans le sable. Les deux équipages sont reçus par les mécaniciens ainsi que par le commandant espagnol local, le capitaine de la Peña, qui leur fait les honneurs de sa table. En revanche, l’accueil de Didier Dorat est bien plus froid. Celui-ci fait clairement comprendre qu’il n’a pas besoin d’aide pour retrouver « son » pilote. Il prend clairement les agents de la BMS pour des amateurs, et plus particulièrement la pilote Jeanne Luzet-Plavier, une femme-pilote (on aura tout vu !). Cette dernière le lui rend bien, et c’est avec toutes les peines du monde que l’inspecteur principal d’Auclin du Loup parvient à le convaincre de les guider en vol au village de Bir Enzaran, où Dujols a été revendu par les Maures à la tribu des Gazar Gebel. Les agents de la BMS, fortement armés, s’y dirigent alors en vol guidés par un Breguet 14 des lignes Latécoère et accompagnés d’un interprète. Il finissent par découvrir un campement et se posent à proximité, faisait voir leurs armes et demandant à parler à leur chef, le cheick El Ghelem, qui les reçoit autour d’une tasse de thé dans sa tente. Celui-ci leur confirme que le pilote français était en bonne santé et qu’il l’a revendu à une tribu du désert, les Gazar Gebel, reconnaissables à leur double serre-tête qui maintient leur chéchia noir.

« Ils ont la réputation d’être des hérétiques aux limites de l’islam. Un sage du 16eme siècle, Tarik Al-Mansur, aurait voyagé dans leur contrée et raconté leurs horribles cérémonies païennes. Il en aurait appelé au Jihad contre eux, mais ils sont insaisissables. D’ailleurs, les manuscrits d’Al-Mansur ont brûlé en 1912 avec la bibliothèque de Smara, détruite lors d’un raid de l’armée française. Que la peste s’abatte sur ces barbares français ! On raconte que le caïd des Gazzar Gebel serait un grand homme noir, qu’ils vivent dans une montagne creuse, et qu’ils réalisent d’étranges cérémonies lors des nuits de pleine lune. »

Les agents redécollent ensuite vers Cap-Juby, d’où ils décident de partir pour la Mauritanie le lendemain dès l’aube.

En Mauritanie

1er avril 1924 : Décollant aux premières lueurs du jours, les deux avions de la BMS longent la côte de l’Altantique et se posent à Port-Etienne (Mauritanie) à 9 heures. C’est un petit port colonial brûlé par le soleil, construit sur une presqu’île. Après un ravitaillement et une collation, ils décollent pour Atar, le village à l’intérieur des terres où a été stockée la pile Atlante trouvée en Turquie. Suivant une piste, ils finissent par découvrir le village et son petit fortin dans un désert de cailloux jouxtant des collines rocheuses. Près du fort, un aérodrome improvisé (dégagé de cailloux) leur permet de se poser vers 13 heures. Ils sont accueillis par le chef de la petite garnison locale, le lieutenant Jauzon, qui a à sa disposition une petite troupe de sénégalais.

« J’ai été affecté dans ce trou perdu en 1922. Très vite j’ai eu de l’animation... On a amené cette grande caisse qui contenait ce truc qui chauffe, que l’on a stocké dans une des cavernes des collines. J’ai reçu des ordres du gouverneur pour la faire surveiller. Début 1923, des savants américains munis d’autorisations sont venus l’inspecter, accompagnés d’officiers supérieurs français. Ce petit monde était logé au fort et faisaient des études et mesures avec des appareils scientifiques. Puis, plus rien, la caisse est tombée dans l’oubli. Jusqu’à ce qu’un arabe ait été repéré à fouiner autour de la caverne. Il en a été facilement éloigné par les sentinelles. C’est alors que le village d’Atar a été attaqué la semaine dernière par des cavaliers Maures venus du désert. La population indigène est venue se réfugie dans le fort où je me suis retranché avec mes hommes. On a échangé plusieurs coups de feu, ils ne se sont pas attardés pour une razzia sur le village à mon grand soulagement. Mais j’ai trouvé mes sentinelles de la caverne égorgées et le truc bizarre qu’elle contenait avait disparu ! J’ai aussitôt contacté Port-Etienne par TSF qui m’a donné ordre de monter une colonne pour poursuivre les pillards. On a alors suivi leur piste à chameau, mais nous les avons perdu à l’entrée du désert. Mais sur la piste, nous avons découvert un cadavre, qu’un de mes hommes a reconnu comme étant l’arabe qui fouinait autour de la caverne. Nous l’avons enterré sur place, il avait sur lui deux objets étranges : une sorte de manche de poignards, et une espèce de « pince » que j’ai ici ».

Les agents tressaillent en voyant la « pince » : c’est un détecteur Atlante ! Ils demandent alors à se faire conduire immédiatement sur la tombe de ce mystérieux inconnu, qu’ils atteignent après une harassante virée à chameau, pour découvrir que la tombe est maintenant vide...
De retour à Atar, ils décident pour les jours prochains de pister les pillards par voie aérienne, et d’essayer de repérer « la montagne des Gazzar Gebel », au besoin en questionnant les indigènes qu’ils pourront rencontrer. La piste d’atterrissage d’Atar ayant un bidon de carburant enterré, il permettra de fournir assez de ravitaillement pour faire plusieurs vols.

2 avril 1924 : Le matin, après être allés inspecter la caverne où était stockée la pile, les agents effectuent des vols de reconnaissance vers le nord sur les deux Breguet. Ils se posent lorsque c’est possible près de campements indigènes et tentent d’obtenir des informations sur les Gazzar Gebel. Jusque là sans succès... Les deux appareils se posent le soir à Atar.

3 avril 1924 : Nouvelles reconnaissances aériennes. Mais l’équipage Beaumont / Rodier a la chance de recueillir des informations intéressantes d’une tribu de nomades, qui les font décoller dans la donne direction... Ils découvrent un grand campement autour d’un canyon troué. C’est bien le site qu’ils recherchent, en effectuant un rapide survol ils distinguent bien des hommes au chéchia noir, caractéristique des Gazzar Gebel. Essuyant quelques coups de fusil, ils décident de revenir sans tarder à Atar non sans avoir soigneusement noté la position du canyon.
4 avril 1924 : Les quatre agents de la BMS décident d’un commun accord de mener un raid audacieux sur le site : faire une démonstration de force aux Gazzar Gebel et faisant voir que leurs avions sont équipés de mitrailleuses. Pendant que le Breguet 17, mieux armé, tournera autour du site, le Breguet 14 de Beaumont et Rodier se posera et les deux hommes iront récupérer Dujols, bénéficiant éventuellement de la couverture aérienne du Breguet 17. Puis ils rentreront en vol sur la côte atlantique pour se poser à Villa Cisneros, d’où ils regagneront le Maroc et la France, laissant à la BMS le soin d’organiser une expédition militaire au sol pour récupérer la pile.

Horreurs volantes !

Il en a été hélas autrement : avec une bonne navigation aérienne, les deux appareils retrouvent trace du camp des Gazzar Gebel dont ils distinguent bien le canyon troué dans son sommet. Mais dès qu’ils approchent, trois créatures ailées prennent de l’altitude et se portent à leur rencontre. Ils ressemblent à d’immenses dragons, de la taille d’un avion ! Ce sont des Shantak et un combat aérien s’engage. Ces créatures tournent mieux que les Breguet, mais ceux-ci volent à peine plus vite et ont l’avantage d’avoir une tourelle arrière... Le Breguet 14 de Beaumont / Rodier est vite approché par une de ces créatures, que Rodier abat d’une longue rafale de ses deux Lewis. Alors qu’il change ses deux chargeurs, une autre se rapproche très dangereusement mais ne tarde pas à subir le même sort que sa congénère. Le Breguet 17 de Luzet / D’Auclin du Loup a engagé un combat tournoyant contre le troisième Shantak, Luzet faisant feu de ses deux mitrailleuses fixes tandis que d’Auclin du Loup tiraille avec ses deux Lewis. La créature finit par les approcher de près et c’est la collision, le Breguet 17 a une aile arrachée et ses deux occupants doivent sauter en parachute. Fort heureusement pour eux, ils évitent de se faire dévorer au bout de leurs suspentes grâce à Beaumont qui approche son appareil et permet à Rodier, alias « Dédé la mitraille », de faire un carton sur le Shantak déjà blessé.

Au sol, Luzet et d’Auclin du Loup ne sont pas au bout de leurs peines. Des cavaliers Gazzar Gebel foncent sur eux ! Beaumont effectue sur eux une passe de mitraillage, ce qui les disperse mais ne les fait par renoncer pour autant. Il décide alors de se poser, ce qu’il réussit par un incroyable coup de chance car le désert est plein de gros cailloux qui pourraient briser son train d’atterrissage. Luzet et d’Auclin du Loup foncent vers le Breguet 14 tandis que Rodier tire ses derniers chargeur de Lewis sur les assaillants qui se rapprochent dangereusement. Tout le monde prend place dans l’appareil que Rodier allège au maximum en jetant tout par-dessus bord, dont ses deux mitrailleuses Lewis dont il se sépare à regret. Beaumont remet les gaz... Le Breguet roule sur le sol sablonneux et passe entre plusieurs gros cailloux. Tous les agents de la BMS retiennent leur souffle... L’avion décolle ! Beaumont met le cap au nord-ouest et rejoint le rivage atlantique, qu’il longe vers le nord pour se poser à Villa Cisneros sur l’aérodrome Latécoère.

5 avril 1924 : Les agents rejoignent le Maroc (Casablanca) à bord de leur appareil et d’un autre prêté par les lignes Latécoère. Ils se rendent au gouvernement général d’où ils télégraphient un rapport circonstancié à Paris, dans l’attente d’instructions. Dans l’immédiat, ils demandent à rencontrer le Maréchal Lyautey pour lui demander un accès aux archives militaires locales, et notamment sur cette expédition qu’aurait lancé en 1912 l’armée française à Smara, au Rio de Oro espagnol. Le Maréchal Lyautey étant absent, ils sont reçus par un de ses officiers d’état-major, le commandant de la Rocque, qui leur donne les autorisations nécessaires à leur enquête.

Ils ne trouvent que des archives lacunaires mais découvrent un vétéran du raid de 1912 toujours en poste au Maroc, un vieux caporal de la légion du nom de Baldacchio. Il se souvient bien de ce raid en territoire espagnol pour donner une raclée aux rebelles. Il y avait un bâtiment qui a été incendié, une sorte de bibliothèque. Mais un de ses supérieurs, le lieutenant de la Forcade (officier aux affaires indigènes) a saisi plusieurs vieux manuscrits avant l’incendie, ainsi qu’un disque métallique gravé d’une swastika à trois branches. A ce qu’il en sait, de la Forcade a été tué en Artois en 1915. Les agents télégraphient immédiatement cette nouvelle information à leurs supérieurs. Fèvre répond qu’il met sur le coup une équipe d’enquêteurs à Paris et dépêche sur place des renforts pour une attaque qui doit avoir lieu avant la cérémonie de la prochaine pleine lune.

Enquête à Paris

6 avril 1924 : A Paris, une nouvelle équipe d’agents a été constituée pour effectuer les recherches demandées par leurs collègues depuis le Maroc, constituée des agents du Belloy de St Lienard, Sarraut, Rappenaud, Martel et de l’inspectrice Valois. Ils vont aussitôt porter une demande officielle de renseignements au 2eme bureau (branche occulte) de l’armée française, concernant les rapports envoyés par le lieutenant de la Forcade du raid de 1912 sur Smara.
Les agents de la BMS sont reçus de mauvaise grâce par les militaires dans leurs bureaux aux Invalides, mais leur supérieur, le Lt-Col Collot, se montre assez coopératif en raison de la situation délicate rencontrée sur le terrain. Il envoie ses collaborateurs effectuer des recherches, et on lui apprend que des manuscrits ont bien été ramenés par le Lt de la Forcade de son raid au Rio de Oro. Ceux-ci ont été jugés assez intéressants pour être stockés par le 2eme bureau en raison de leur contenu occulte. Il s’agissait principalement d’un récit de voyage écrit par un certain Tarik Al Mansour.

Collot ordonne alors qu’on lui fasse porter ce manuscrit. Les joueurs patientent avec lui puis un jeune sous-lieutenant archiviste leur apprend l’air embarrassé que le carton est vide, le manuscrit a disparu ! Collot fulmine contre ses subordonnés et ordonne une enquête immédiate, faisant grand’ bruit dans tous les bureaux. C’est alors que les agents de la BMS remarquent qu’un officier supérieur s’éclipse discrètement par la cour en portant avec lui une mallette bien remplie. Au même moment, le jeune sous-lieutenant bafouille à Collot que d’après la fiche le dernier à avoir consulté le manuscrit était le commandant Fernandez... Qui est précisément l’homme qui part en ce moment ! Il s’engouffre dans un taxi et les agents de la BMS tentent de l’interpeller. Les agents réquisitionnent les premiers véhicules qui passent (l’inspectrice Marinette Valois grimpe dans un voiture conduite par un curé) et une poursuite s’engage, au bout de laquelle Fernandez est arrêté. Dans sa mallette se trouvait précisément le manuscrit recherché par les agents ! Mis aux arrêts de forteresse, un interrogatoire et une enquête sur Fernandez confirme que celui-ci comptait vendre son manuscrit à un riche collectionneur privé du nom de Stéphen Alzis, qui loge en ce moment dans la luxueuse suite d’un grand hôtel parisien.

Les agents de la BMS effectuent une recherche sur cet individu, qui se révèle être un « sujet français » puisque natif du Liban le 16 avril 1883. Ils vont l’interroger dans son hôtel et sont très impressionnés par le luxe de sa suite, décorée d’objets d’art antique. Stéphen Alzis est un homme au teint hâle, très raffiné et élégamment vêtu. Il répond calmement aux questions des enquêteurs en caressant deux panthères noires qui lui servent d’animaux de compagnie ! Pour lui, il a été contacté par un militaire français qui lui a proposé de lui vendre des manuscrits anciens trouvés en Afrique du nord. Il lui a proposé un rendez-vous pour examiner ces manuscrits dont il ne sait rien du contenu. Les agents sont assez mal à l’aise lors de cette conversation par d’énormes jarres posées le long des murs dont semble émaner un malsain bruit de raclement. Ils décident de ne pas déranger d’avantage M. Alzis et de se plonger dans l’étude du manuscrit d’Al-Mansur.

Le passage intéressant est rapidement identifié et traduit : Tarik Al-Mansur décrit les Gazzar Gebel comme « les gardiens du fils du Dieu du vent noir ». Cette divinité païenne leur aurait confié la garde d’un de ses rejetons en l’honneur duquel ils effectuent des sacrifices humains pour le nourrir, toutes les nuits de pleine lune. Ce rejeton serait une horrible larve amorphe nichée dans leur repaire, dont une malédiction (ou bénédiction, tout dépend du côté dans lequel on se place) aurait bloqué la croissance. Al-Mansur témoigne s’être infiltré dans ce repaire maudit et avoir pu en déjouer les démons qui en assurent la garde grade à un rituel qui consiste à se placer sur un cercle métallique décoré d’une sorte de croix gammée à trois branches, tout en récitant une imprécation inventée par un magicien nommé Eibon et qui vivant dans des temps immémoriaux. Les agents recopient soigneusement une traduction de ce rituel.

7 avril 1924 : Achevant la matinée l’étude du manuscrit, les agents découvrent également un sortilège permettant la confection d’une poudre magique capable de blesser les créatures surnaturelles, nommée « la poudre de Suleiman ».

Ces quelques informations achèvent de convaincre les agents que le temps presse et qu’il faut agir avec le maximum de moyens. Ils rendent compte au commissaire principal Fèvre qui ne peut que les envoyer au Maroc, avec un double lettre de recommandation à l’attention du maréchal Lyautey signée de lui-même et du lieutenant-colonel Collot dans laquelle il est demandée la mise à disposition de moyens militaires. Ils partent le soir même pour Toulouse par avion des lignes Latécoère.

Retour au Maroc

8 avril 1924 : Voyageant sur 2 Breguet 14 des lignes Latécoère, l’équipe parisienne (moins l’agent de St Lienard resté à Paris) arrive à Casablanca le soir à 19h30.

9 avril 1924 : Rencontre des deux équipes BMS, qui décident de la conduite à adopter. Pressés par les vétérans du combat contre les horreurs chasseresses, ils décident de privilégier une solution militaire utilisant l’aviation à un commando plus discret utilisant les sorts de protection décrits dans le manuscrit de Tarik Al-Mansur.

Ils obtiennent audience auprès du maréchal Lyautey et lui exposent la nécessité de mener une action militaire à partir du village d’Atar (Mauritanie) contre un camp de rebelles vivant au sud du Rio de Oro et effectuant des pillages sur les territoires français. Aidés de leurs appuis parisiens, ils persuadent Lyautey de donner des ordres pour faire mettre à leur disposition des avions, leurs mécaniciens et quelques soldats. Tous ces moyens militaires seront expédiés par bateau de Casablanca à Port-Etienne d’ici quelques jours.

10 avril 1924 : Une partie des agents, forts des ordres donnés par Lyautey, coordonnent la logistique pour monter l’expédition. Ils parviennent à se faire affecter 4 Breguet 14 militaires, auxquels ils ajoutent les deux Breguet civils des lignes Latécoère à bord desquels est venue l’équipe parisienne, plus l’appareil de la BMS. Le 2eme bureau leur a fourni un officier commandant une petite troupe de 10 légionnaires et 10 tirailleurs sénégalais, qui, apparemment, ont déjà combattu le surnaturel... Pendant ces préparatifs, l’autre partie des agents se lance fébrilement dans l’étude des sorts contenus dans le manuscrit de Tarik Al-Mansur.

11 avril 1924 : Les agents Luzet, Valois et Sarraut partent pour Port-Etienne en bateau avec le détachement de soldats. Ils apprennent les sorts pendant la traversée.

15 avril 1924 : Arrivée des 3 agents à Port-Etienne, qui partent aussitôt pour Atar et supervisent l’acheminement de vivres, d’essence et d’huile sur le petit aérodrome local.

18 avril 1924 : Arrivée à Port-Etienne d’un bateau chargé de matériel et de munitions avec le reste de l’équipe de la BMS.

Guerre contre le Mythe de Cthulhu

19 avril 1924 : L’escadrille de Breguet 14 est montée à Atar, les mécaniciens révisant les moteurs. Il est convenu d’attaquer la journée du 21 avril, juste avant la pleine lune. L’inspectrice Valois part au sol avec le détachement de 20 soldats et sera chargée de prendre possession du site après le « nettoyage » qu’effectueront les Breguet. En attendant le raid, ils ont pour instruction de bivouaquer hors de vue du canyon de préparer une piste d’atterrissage à proximité du site en dégageant les cailloux sur une bande de terrain.

21 avril 1924 : Seulement cinq Breguet (sur sept) peuvent décoller d’Atar pour le raid. Tous ont un mitrailleur arrière et sont chargés de bombes antipersonnel. Les équipages sont les suivants (pilote / mitrailleur) :
- Breguet 14 militaire « 13 » : Inspecteur Rappenaud (BMS) / Adj Venet (militaire)
- Breguet 14 militaire « 9 rouge » : Inspecteur Sarraut (BMS) / Sgt Estadier (militaire)
- Breguet 14 militaire sans marquages : Inspecteur Beaumont (BMS) / inspecteur Rodier (BMS)
- Breguet 14 Latécoère : Inspecteur Martel (BMS) / caporal Messina (militaire)
- Breguet 14 BMS : Inspectrice Luzet (BMS) / caporal-chef Pigassou (militaire)

En arrivant sur le site, ils ont la vision d’une horreur cosmique : une immense créature tripode, possédant deux bras griffus et un long tentacule à la place de la tête se tient sur le sommet du canyon ! Autour de lui volent trois Shantaks qui semblent obéir à l’immense créature qui les envoie contre les avions. Horrifiés, les Breguet pilotés par Beaumont et Martel prennent la fuite, tandis que Jeanne Luzet constate que son mitrailleur a sombré dans la folie et se tient prostré sur son siège. Le combat commence mal mais les 3 Breguet font courageusement face, tandis que les soldats du détachement de l’inspectrice Valois arrivent en vue du site et ont pris une photo très spectaculaire de la scène. (Photo) Un Shantak est abattu, suivi du Breguet de Rappenaud dont l’équipage peut se parachuter. Beaumont et Martel, reprenant leurs esprits, reviennent au combat. Le mitrailleur de Martel parvient à abattre un Shantak avant de se faire dévorer par la dernière de ses créatures qui est peu après abattue. Le Breguet 14 de l’inspecteur Sarraut entame un semi piqué et lance ses bombes sur la créature tripode, qui est touchée mais broie en vol le Breguet - Sarraut ouvre son parachute au ras du sol à proximité du canyon, sonné mais vivant, et est pris à partie par des Gazzar Gebel qu’il tient à distance avec son arme. En l’air, le tir des Breguet finit par détruire la créature tripode qui tombe lourdement sur le sol et se dissout instantanément dans un tourbillon infernal qui projette ses restes dans les cieux, tuant au passage nombre d’adorateurs qui se prosternaient à ses pieds au sommet du canyon.

Remis de leurs émotions, les trois Breguet survivants épuisent leurs munitions sur tous les Gazzar Gebel au sol et vont se poser sur la piste de fortune aménagée par le détachement de Marinette Valois. Le détachement de soldats part ensuite à l’assaut du canyon qui révèle un petit réseau de salles creusées dans la roche, qui sont nettoyées à coup de grenades et de FM Chauchat qui ont raison des derniers adorateurs. Dans une fosse aux prisonniers ils ont la satisfaction de trouver le pilote Dujols, abasourdi par son horrible aventure, ainsi que la pile Atlante dans une autre caverne. Mais plus horrible, une horrible créature informe et amorphe dans une caverne dont le toit était percé, donnant sur le sommet du canyon. On distinguait sur cette larve géante des yeux, une mâchoire et des embryons de membres. Les agents la firent sauter avec la caverne en utilisant tous leurs explosifs... Dans cette aventure épique, la BMS a réussi l’exploit de vaincre le Dieu extérieur Nyarlatothep et sa progéniture, car c’est bien ainsi que fut identifiée l’immense créature tripode par les spécialistes du mythe de Cthulhu.

D’accord, je sais, l’Aéropostale n’existait pas à cette époque, étaient en service "les lignes aériennes Latécoère". Cela sonne toutefois mieux dans le titre...

On retiendra une citation de l’inspectrice principale Jeanne Plavier-Luzet :
"Didier Daurat, c’est un connard !"
(La joueuse de ce personnage le dit encore quand on passe dans l’avenue Didier Daurat...)

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